Depuis quelques mois, l’intelligence artificielle (IA) est au cœur des discussions, notamment grâce au succès planétaire de ChatGPT. Cette avancée majeure a permis au grand public de découvrir ou redécouvrir le potentiel de l’IA et du machine learning. Cependant, cette évolution soulève également de nombreuses inquiétudes en matière d’éthique et de respect des droits de chacun. Entre opportunités et défis éthiques, comment l’IA façonne-t-elle le secteur des ressources humaines (RH) ?
L’intelligence artificielle remet-elle en question la neutralité des systèmes automatisés ?
On a longtemps cru que l’IA était une nouvelle forme d’intelligence neutre car dépourvue de tout type d’émotions. Et il est vrai qu’un algorithme ne pourra être influencé par une émotion ou un trait de personnalité. Cependant, une IA est construite via des données, des algorithmes et des ingénieurs (data scientists) qui travaillent dessus. Ainsi, de nombreux biais peuvent surgir lors des différentes étapes du cycle de production de l’IA. Ces biais peuvent être liés aux données elles-mêmes, aux algorithmes, ou à l’utilisation faite par les utilisateurs.
Exemple de biais dans le recrutement
Prenons le recrutement, par exemple. Des études ont démontré que même de puissants et performants algorithmes (visant à détecter les meilleurs profils) pouvaient reproduire les préjugés des recruteurs. Si les machines ne peuvent discriminer de manière intentionnelle et délibérée, des effets discriminatoires peuvent être détectés si l’apprentissage ou l’usage du système s’appuient sur des décisions humaines biaisées.
En route vers une IA plus éthique
Face à ces nouvelles problématiques, l’éthique de l’IA a réuni plusieurs communautés académiques sur ces enjeux. Des sous-disciplines comme le FairML s’intéressent aux instruments techniques (métriques et algorithmes) pour lutter contre les biais évoqués précédemment.
Le projet AI Act, au cœur des discussions en ce moment, prévoit d’imposer des obligations aux fournisseurs et aux utilisateurs de ces systèmes afin de garantir le respect de la législation en matière de protection des droits fondamentaux tout au long du cycle de vie des systèmes d’IA. Mais il faudra aussi avancer sur le cadre juridique, aujourd’hui insuffisant pour empêcher les dérives.
Comment construire une IA éthique pour la gestion des ressources humaines ?
Voici quelques conseils pour concevoir une IA dédiée à la gestion des ressources humaines :
- Éviter l’utilisation de données interdites ou dites « trop sensibles » au sein des algorithmes.
- Respecter judicieusement le règlement RGPD établi et suivi par la CNIL.
- « Débiaiser » le plus possible les logiques algorithmiques en ayant conscience du risque qui pré-existe sur les données elles-mêmes.
- Superviser les traitements algorithmiques chaque mois pour permettre à tout utilisateur de comprendre ce traitement et prendre les bonnes décisions.
- Intégrer à votre outil une vue de supervision de l’éthique relatif aux traitements de vos algorithmes.
En conclusion, l’IA doit être mobilisée à bon escient, de manière réfléchie, comme un outil de conseil et de support aux actions humaines uniquement. L’ère de la transformation complète des modes de travail et de collaboration est amorcée, et elle sera bénéfique sous condition d’une utilisation sensée et éclairée.